Ruynes, suivi de Phélie et de Ariane

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UGS : 2-86807-033-7 Catégorie :

Description

Photo de couverture de Jean-Jacques Gévaudan.Récit d’amour fou, Ruynes est aussi un hommage au paysage : au cœur de la vallée de l’Arre, près du Vigan, se tissent les enchantements et les mystères.ExtraitLe torrentCet après-midi-là, couché dans l’herbe, je contemplais l’ombre dormante des vastes songes intérieurs de l’été. Par moments, l’écume grise du torrent venait frapper les galets, chauds et lisses sous mes pieds. Face à moi, les pentes boisées de la Tessonne dressaient leur sombre ubac, marqué de souillures calcaires, barre d’à-pic verticaux et hostiles.Près de moi, le peintre Genge observait de minuscules insectes, pétrifiés par le soleil. Je les imaginais, fixés sur la toile, prisonniers de l’épaisse draperie des feuilles et des inquiétantes corolles pourpres.Peu à peu, un concert de bruissements s’éleva, mêlé de chants d’oiseaux légendaires, en une vaste nappe sonore.Mes yeux se portèrent à nouveau vers l’eau bondissante, à la frange des cailloux moussus. Aveugle dans le monde éclaté des couleurs, ombre parmi les ombres des profondeurs, la vie autour de nous s’accablait, niée par la transparente mouvance liquide. Genge se perdait en sa contemplation. Par une sorte de mimétisme, plombés de chaleur, nous aspirions à l’immobilité absolue de paupières d’argile abaissées sur des orbites de pierre.Éternel entre ses rives, le torrent signalait l’ouvrage du temps sous le vieux pont : là commençait le rêve de l’eau, le prolongement de son long sommeil au creux des voûtes intestines de la pluie. Que devenait-elle en ce court hiatus de ciment, havre des truites, cimetière des araignées d’eau et des trésors dégradés des hommes, monde souterrain autant que subaquatique abritant une vie serrée sur l’angoisse du jour, présent de part et d’autre de ce mètre de ténèbre ?Mon regard remonta ensuite les boyaux calcaires ravinant les pentes de la Tessonne, vaisseaux capillaires de la montagne drainant vers l’artère du torrent le cloaque tumultueux des orages.Genge s’était endormi. Ses rêves le portèrent à la lisière du plateau, peuplée d’une faune mystérieuse, équivoque.RuynesA notre arrivée, Ruynes avait entrouvert le mutisme de ses murs chancelants et la solennité de ses pierres mortes. Un lierre courait sur la façade et s’immisçait entre les rares tuiles du toit, les soutenant autant qu’il les menaçait ; il nous parut de la même veine calcaire que ces pierres exilées du sol, plus une excroissance de l’immobilité qu’un être vivant grignotant, moellon après moellon, son propre horizon. Il avait ouvert une faille dans l’épaisseur du mur ; elle offrait à nos yeux accolés la perspective d’un jardin sans profondeur, transplanté là par la magie opérante du regard.La voûte d’une cave s’était effondrée. Le toit l’avait rejointe, attiré par cette même force lente du bas. Je me plaisais à imaginer des squelettes, serrant entre leurs doigts décharnés d’humbles reliques — souvenirs des dragonnades qui avaient mis à sang cette vallée protestante, — éparpillés sous le sépulcre séculaire des gravats mangés de mousse.Les multiples incertitudes topographiques de notre errance s’agençaient, donnant un sens à la distribution capricieuse des pièces de la maison : nous inventâmes des passages à nos secrets et découvrîmes des pièces à la géométrie irréelle — et le petit pont, jeté comme un dé sur le hasard de la ruelle !Pour d’hypothétiques invités, nous tracions de faux plans, d’excentriques labyrinthes, tanières des Minotaures immobiles de l’Arre. Sur des lauzes plates, Genge dessinait à l’encre rouge les signes d’un nouvel alphabet que nous dispersions dans l’enclos sans fin de notre jeu.Je découvris le premier scorpion en soulevant un des blocs qui encombraient le patio. J’ai toujours eu horreur de ces êtres caparaçonnés de chitine. Je me figeai, haletant de peur et du trouble plaisir de le contempler. Je devinais, sous la cuirasse d’écaille morte, le battement lourd d’un sang froid, minéral. Il dormait, son dard replié. M’ayant deviné, il s’enfuit à l’ombre du mortier désagrégé. Un long cri rentra au plus profond de ma gorge ; la bête avait bougé !Je n’avais pas lâché le bloc de calcaire ; j’en détachai les doigts avec difficulté, comme si la peur les avait soudés à la pierre.

Informations complémentaires

Dimensions 15 × 21 cm

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