Phélie

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Description

Édition originale de Phélie, publiée par Même et Autre à Bordeaux.Le texte a été réédité par Deleatur, à la suite de Ruynes en 1994.Quelques exemplaires disponibles.ExtraitRuynes est lentement retourné à la pierre et au lierre. Depuis la mort de Coline, sept années ont creusé un impénétrable cercle de feu. Au centre, j’imagine Genge peignant des labyrinthes ; autour de lui, le vent fait naître des suaires et immobilise les fantômes.Je n’écouterai plus le chant des cigales, ni le froissement du torrent contre les galets où nous aimions tant chercher des signes féconds.Je marche à présent dans la ville ; le ciel y est d’un gris rassurant ; les passants piétinent les pavés avec douceur.Dans les bas quartiers, l’eau monte en silence, envahissant les caves et noyant les secrets. Ce n’est plus un torrent mais le fleuve qui s’approprie les rues, les jardins et les habitations.J’avance lentement ; la nuit reflète ses anges électriques sur les eaux mortes. Des détritus flottent et disparaissent dans le sillage des bottes, mes jambes tanguant dans le roulis de la ville.Je me dirige vers le fleuve, là où le soleil se couche en son inondation de sang. Le pont est une île, arche fragile dont les voûtes de schiste frémissent sous la poussée des eaux. Quelques passagers arpentent ce lieu étrange, qui mène de l’eau à l’eau, le col relevé pour se protéger des rafales. Je les rejoins et m’accoude au bastingage, près de la statue de Beaurepaire.Nous restons silencieux, scrutant les tourbillons et la crête des vagues, dans l’attente d’un départ improbable.— Ce n’est pas encore l’heure…, murmure une voix à mon oreille. D’ailleurs, regardez les mouettes.Je me penche et discerne une bande d’oiseaux flottant au gré du courant, qui les disperse et les rassemble en un mystérieux ballet.— Elles cherchent le passage, reprend la voix, plus bas. Les folles ! ici les murs sont aveugles ; elles s’y broieront les os.La bouche parle contre mon oreille et son souffle écume les mots. Quelques cheveux, portés par le vent, dessinent des fils d’argent sur la nuit. Je n’ose bouger.— Il faut que l’eau monte encore…Très lentement, je tourne la tête et mes lèvres sont si près des siennes qu’il suffirait d’un coup de vent… Mais celui-ci est tombé brusquement et le pont est désert, depuis toujours sans doute.Elle se détourne et me saisit la main.— Venez !Je demeure immobile, incapable de mouvoir le plus humble de mes muscles. Une larme — ou est-ce la pluie qui commence ? — coule sur ma joue. La voix de Coline… mais je suis muet, désormais : la mort a scellé les mots dans leur tombe.— Il est temps, à présent ! reprend l’inconnue avec impatience. Si l’eau monte trop, le passage se refermera.

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Dimensions 14 × 18 cm

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