Les Feux de l’Orchidée

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UGS : 2-86807-032-9 Catégorie :

Description

Traduction de Guy DucornetCouverture : Ramón Alejandro, La Terre.  Premier roman de Rikki Ducornet à paraître en français, Les Feux de l’Orchidée met en scène les biographies croisées de Lamprias de Bergerac, l’orchidologue humaniste à la recherche de la pierre philosophale végétale, et de son fils Septimus, psychotique, collabo et antisémite ; élevé à Angers avec le beau Chên-Yen, son demi-frère chinois, Septimus voue à son père une haine mortelle.Dans le sillage de Lamprias, apparaissent Poussière, la concubine chinoise, mère de Chên-Yen; Cletis Twigger, le collectionneur de coprolithes ; Evangélista, Tarentula Jane, Blue Man… et Cûcla, la compagne amazonienne qui le suivra de la Forêt de Feu au château Kropotkine, perdu dans les bois de l’Hudson. Cette étonnante galerie de personnages — attachants ou inquiétants — traverse soixante ans d’histoire et de rêves, du Paris de la Belle Époque à la France de l’Occupation, du Brésil du boom du caoutchouc à l’Amérique de McCarthy et de Krazy Kat….Récit picaresque, épique, tragi-comique, roman de la mémoire et conjecture métaphysique, cette satire dévastatrice — qui oppose à la mentalité fasciste d’un fils l’insatiable créativité de son père — a été saluée aux États-Unis et en Angleterre par la critique :« Les Feux de l’Orchidée font preuve d’une audace allègrement macabre et d’une imagination vivace et bizarre. »
The New York Times.« Un roman d’idées — et souvent d’idées étranges — brillamment écrit. »The Sunday Time, Londres.« Pour son pouvoir d’invention et sa densité verbale, c’est le meilleur roman que nous ayons lu de longtemps. »The Observer. Extrait (p. 9-11)CHAPITRE 1LES FEUX DE L’ORCHIDEELamprias de Bergerac.J’ai toujours aimé les femmes, même la mienne, Virginie, qui était pourtant frigide, et bigote par-dessus le marché. Et cet amour des femmes a toujours été inséparable d’un ardent désir de savoir. Au cœur de tout Mystère, c’est l’Éternel Féminin qui palpite.J’ai aimé Evangélista, une géante à la peau de café qui mâchait la coca et arborait des jarretelles de soie. J’ai aimé ma concubine chinoise qui, avant de sombrer dans la folie, me mordillait les testicules comme des litchis et me gardait le dard glapissant et dressé des heures entières. A Rio, une blonde acrobate me faisait déguster du curry en tenant la cuiller entre ses orteils. Mon premier amour, la stupéfiante Marta Strada (que Septimus, mon ignoble rejeton, vendrait un jour à la Gestapo comme bois de chauffage) s’était laissé séduire dans une forêt de France qui fleurait la morille. Nous avions seize ans. Mais de toutes ces femmes adorées, ma Dame-de-Cœur, c’est celle que j’ai surprise un jour, accroupie auprès d’un feu, grignotant un iguane grillé : mon serpent de corail, ma nymphe de coca, ma forêt d’émeraude sous la pluie — Cûcla.Le souvenir que j’ai d’elle me brouille les esprits et me fait aller trop vite. Talonnée par l’oubli, ma mémoire est comme un kaléidoscope d’enfant. Et, quand je regarde en arrière, le temps n’est plus linéaire mais ressemble à l’un de ces cylindres pleins de miroirs et de verroteries colorées que l’on agite : mes souvenirs s’entrechoquent, chatoient et s’éparpillent : Marta Strada, Evangélista, Rosada-le-Vampire nourri du sang de dix mille hommes, Tarantula Jane, le « Blue Man »… Mais c’est toujours Cûcla qui scintille, Cûcla ma femme enfant, mon orchidée parfumée ; c’est elle qui miroite parmi les éclats de verre les plus éclatants, ceux qui me font le plus envie, comme les agates dont rêvent les petits garçons. La plus convoitée de toutes : l’œil-de-tigre!Je vais commencer par Rio ; le reste du voyage viendra ensuite car Rio, pas plus aujourd’hui qu’en 1888, ne peut me retenir très longtemps malgré la beauté nocturne de la ville toute dorée de la lueur des becs de gaz, et ombragée le jour par ses jacarandas à fleurs bleues. C’est là, au Copacabana Palace, que j’ai rencontré la blonde aux orteils acrobatiques. L’hôtel était flambant neuf, avec ses portiers chamarrés sortis d’une boîte de soldats de plomb, ses orphéons, ses femmes de chambre indiennes, silencieuses dans leurs uniformes amidonnés — petites fleurs de crépuscule figées sur la neige, plus douces et plus tristes les unes que les autres. La jungle leur manquait : ses rapides infestés de reptiles, son air liquide comme l’océan. Ces sirènes du soir avaient le mal de l’Aquarium-Amazone et mouraient comme des mouches. Quand j’ai quitté le Copacabana Palace pour la Forêt de Feu, elles m’ont dit que jamais je ne la trouverais parce que la Vampira l’avait avalée. Elles parlaient du chemin de fer, bien sûr, le serpent que Cûcla nommait « Cupidité ».Je suis donc parti. J’ai laissé Rio, ses courettes silencieuses parfumées de roses anglaises, la pénombre de leurs palmiers à peine troublée par le staccato des perruches et le passage syncopé des lézards. J’ai laissé les boulevards, les gentlemen de Bristol en queue-de-pie qui buvotaient nonchalamment leur maté glacé après avoir sodomisé, derrière les statues muettes du parc, des petits Indiens perdus. D’un coup de mon chapeau de cuir tout neuf, j’ai salué le superbe Nouveau Théâtre, mi-temple mi-saloon, où les plus belles femmes de la planète venaient exhiber la suavité de leurs bras et de leurs décolletés devant le public le plus élégant et le plus enthousiaste.

Informations complémentaires

Dimensions 15 × 21 cm

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