Description
Format : 10,5 x 15 cm. Noir et blanc. 60 pages.
Version PDF : contre la littérature_web
Contre la littérature est un coup de gueule d’un éditeur vieillissant s’étant toujours tenu à l’écart du petit monde des lettres germanopratin. Il tente, en ce début du deuxième quart du xxie siècle, de comprendre pourquoi l’édition est en train de disparaître, sans affecter les clandestins dont il se réclame.
Pierre Laurendeau est éditeur depuis presque cinquante ans et a mis la main à la pâte (à papier) à plus de six cents livres.
Extrait
Né trop tard…
Je suis né en 1953, l’année de la mort de Staline. J’ai appris à lire en fin de maternelle et ce vice ne m’a jamais lâché, malgré tous mes efforts pour m’en débarrasser. En dépit de purges régulières, ma bibliothèque abrite environ 6 000 livres, le plus ancien datant de 1772, le plus récent… d’hier.
Dès mes 12 ans, j’ai consacré une grande part de mon argent disponible à l’acquisition de livres. J’ai acheté mon millième à 20 ans, l’année où j’ai publié mon premier ouvrage, Moche ou la Quête du Rabot, en autoproduction « stencil » sur la Ronéo d’un institut catholique, alors que j’avais déjà fait ma crise de foi. Mes imprégnations furent, très tôt, le surréalisme d’un côté, les libertins du xviiie de l’autre – Fougeret de Monbron, Nerciat, Sade… –, la ’Pataphysique d’un troisième, les fous littéraires et les inclassables pour achever le tableau. Dans mon panthéon personnel figurent quelques auteurs insaisissables, voire totalement clandestins : Jacques Abeille, dont j’ai été l’éditeur le plus fidèle ; Jean-Pierre Brisset, dont je possède plusieurs éditions originales ; Maurice Fourré, que j’ai republié récemment à l’enseigne de l’Ange du Bizarre, chez Ginkgo… Je pourrais en citer une centaine, voire un millier. Lors de ma dernière purge – ils n’en menaient pas large, les petits malandrins de papier –, j’ai évacué avec difficulté une cinquantaine de livres, les autres étant par trop proches ou jugés indispensables pour les siècles à venir.




