Rose, Raoul et Courte-Queue

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Description

Edition originale du texte, repris dans l’Anthologie Deleatur.Première gravure à l’eau-forte de Jacques Abeille.4 exemplaires disponibles.  Eau-forte de Jacques Abeille pour les exemplaires de tête. Dessin de Jacques Abeille (toutes éditions). Extrait(L’histoire commence et se déroule en ces années-là ;du ciel tombèrent d’étranges cailloux en forme de poisson.)1C’est l’hiver, à l’aube. Raoul découvre Rose, elle charroie du fumier frais et fumant. Il bande comme un cerf, est saoul comme une vache. Il la veut pour toujours. Des vapeurs bleuâtres nimbent la figure de Rose, ses joues grasses et rubicondes, une citrouille mûre sous un bonnet noir, diablement belle. Sur les collines, il pleut de l’or, des genêts, une flopée de sous neufs. Le fumier sent bon le nom de Rose, et la campagne entière fleure le purin remué. Rose est partout ! dans l’air, dans les arbres, sur les prairies et la brande ; elle sort de terre comme les ressuscités ou les taupes égarées. Rose jette sa fourche, relève ses jupes jusqu’au menton. Elle s’accroupit et pisse. Raoul croit ce qu’il voit et peut-être en Dieu pour la première fois. Caché derrière les lauriers-cerises, il voit une lune pleine, la forêt domaniale, des broussailles sauvages et l’ouverture du puits de la mine. Il ne sait pas si Rose est plusieurs, si elle répand de l’eau claire, du vin bénit ou quelque encens. Il voit le piment rouge. Sa trique crève le coutil. De grands oiseaux blancs percent les nuées. Rose s’essuie d’un revers de main. Raoul perd son jus, dégueule chopines et pain à l’ail.Des mois passent, les plus jolis, de Pâques à la Saint-Jean. L’emphysème emporte le père de Raoul, l’influenza son frère de lait, la mère meurt de chagrin, une chèvre de vieillesse. Raoul ne dort plus, boit pour oublier qu’il boit, pour oublier la Rose, ses mamelles devinées, la croupe mulassière, grumeleuse, très fendue, sans fond, toute cette chair crémeuse et terrible ; Rose à la vaisselle, au balai de bruyère, souriante et ravie ; Rose aux champs, devant les bœufs, derrière le brabant ; Rose armée du coutelas, bras levé sur le verrat gueulard ; Rose, la Rose, demi-nue, penchée sur les marmites, les cuisses écartées devant un feu d’enfer. Raoul brûle, il donnerait son chien pour renifler les poils de Rose, même bonnement sous les bras. Il est inconsolable ; et riche, malgré la chèvre.Rose endure les sévices ordinaires : taille prise, mollets et tétons pincés, doigt à la raie. Elle ne répond pas coup pour coup aux insultes, aux rebuffades ; les maîtres las confondent souvent bestiaux et valetaille. Que lui importent ces tripotages ! Elle a doublé ses dessous. Que lui importent ses dents gâtées, perdues, sa démarche de jument prête à mettre bas ! Rose est folle de sa chevelure, folle à lier. Elle, qui n’est pas mauvaise bougresse, moleste les teigneux et crache sur les pouilleux ; le contact d’un pelé la tuerait sur l’heure. Pour ses cheveux, Rose récolte la sauge des prés, les bourgeons du peuplier, les fleurs de camomille et de capucine, les feuilles de la bardane, du buis, l’écorce et les jeunes rameaux de l’aulne. La bourrasque ou l’orage ne la font pas reculer, elle ne craint ni le clan des voyous du crépuscule ni les pentes escarpées des hautes terres. Rien n’est trop imprudent, sa toison avant tout !

Informations complémentaires

Dimensions 13,5 × 22,5 cm

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