Description
Les os gigantesques découverts en 1780, près de Maastricht, appartiennent-ils à un dragon ou sont-ils les restes pétrifiés d’une espèce disparue ?ExtraitIEn 1780, le coup de pioche heureux d’un ouvrier employé dans les carrières de la montagne Saint-Pierre à Maastricht mit au jour le crâne énorme d’un animal préhistorique. Il n’était pas encore de préhistoire à l’époque, ni de nom pour désigner la découverte. Selon la Bible, la Terre était âgée d’un peu plus de quatre mille ans et l’on pouvait, en comptabilisant soigneusement les âges des patriarches, déterminer le jour et l’heure de la naissance de notre globe. Une mâchoire d’un bon mètre de long et pourvue de dents à l’avenant, des côtes telles que n’en eut jamais le plus preux des paladins, il semblait qu’il y eût là de quoi désarçonner le plus rigoureux des théologiens.“On a trouvé un dragon”, s’exclamèrent les enfants, au grand bonheur de toutes les nourrices dont les contes se trouvaient ainsi fortuitement accrédités. Quelques clercs haussèrent les épaules : “Ce n’est que le crâne d’un géant des Flandres.” N’importe, le géant ou l’animal en question devait être féroce… Peut-être un grand lézard ; mais vit-on jamais pareil reptile dans les alentours de la ville ?… A moins qu’il ne s’agît d’une baleine échouée là il y a fort longtemps… L’hypothèse formulée par un anatomiste de renom accouru sur les lieux semblait solide, mais un marin de passage dans la ville qui, prétendait-il, avait dans sa vie “dépecé plus d’un cachalot et troussé plus d’une fille” affirma qu’il ne reconnaissait la forme des os “ni d’une jeune fille, ni d’un cachalot”.Le cousin d’un chanoine dont nous reparlerons se prit à rêver à une sainte relique. Il y aurait là de quoi emplir maints reliquaires et s’enrichir grandement. Hélas ! le siècle était d’incroyance et un morceau du jupon de la Pompadour se serait vendu plus cher que le fémur ou la dent d’un saint, même de taille exceptionnelle. Il se serait bien glissé au milieu de la forêt de côtes qui emplissait les galeries d’extraction pour graver sur l’une d’elles, d’un geste décidé et d’un canif sûr, le nom de Jonas, comme les détenus gravent le leur sur les murs des prisons, mais, outre qu’il ignorait tout de l’alphabet hébraïque, il était d’une timidité de lapin…Un aubergiste ouvrit une buvette provisoire à l’entrée des carrières et l’appela Au Grand Animal, nom sous lequel la découverte fut désormais évoquée. Le grand animal de Maastricht attirait les foules, on se pressait pour avoir peur : quoi de plus terrifiant en effet que l’immense mâchoire aperçue le soir à la lueur des flambeaux… Les curieuses et les curieux se réconfortaient en buvant une bavaroise, boisson à la mode et composée de thé, de sirop, de jaune d’œuf et de kirsch, avant que de tendres caresses, échangées sur les berges de la toute proche Meuse, n’achevassent d’éloigner le souvenir de l’effrayante vision.Un collectionneur de curiosités des environs, nommé Hoffmann, promit quelque argent aux ouvriers qui découvriraient d’autres ossements dans la carrière. Le squelette put ainsi se compléter heureusement. Le collectionneur s’appropria le grand animal, devenu gênant pour l’exploitation minière, et l’exposa chez lui, gratuitement, pour l’instruction et le plaisir du peuple. Ce ne fut pourtant pas l’épilogue de l’histoire ; la chicane puis les guerres entraînèrent bientôt le grand animal dans leur tourbillon.
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