Description
Une nouvelle d’amour fou.ExtraitSelon, je crois, des dires, le ver luisant annonce par son apparition plus ou moins lumineuse, plus ou moins renouvelée, plus ou moins près de certain endroit, plus ou moins multipliée, car, toujours selon les dires, il se meut sous l’influence de ce qui doit advenir, le ver luisant présage ou une tempête sur mer, ou une révolution sur terre : alors, il est sombre, se rallume et s’éteint ; puis un miracle : alors on le voit à peine ; puis un meurtre : il est rougeâtre ; puis de la neige : ses pattes deviennent noires ; du froid : il est d’un vif éclat sans cesse ; de la pluie : il change de place ; des fêtes publiques : il frémit dans l’herbe et s’épanche en innombrables petits jets de lumière ; de la grêle : il se remue par saccades ; du vent : il semble s’enfoncer en terre ; un beau ciel pour le lendemain : il est bleu ; une belle nuit : il étoile l’herbe à peu près comme pour les fêtes publiques, seulement il ne frémit pas. Pour un enfant qui naît, le ver est blanc ; enfin, à l’heure ou s’accomplit une étrange destinée, le ver luisant est jaune.Je ne sais jusqu’à quel point ces dires doivent être crus ; mais voici : – je raconte.Par un soir où tout le souffle des anges volait sur la figure des hommes ; par un de ces soirs où l’on voudrait avoir mille poumons pour leur donner à tous cet air qui semble venir des jardins du ciel ; – sous d’énormes et vieux arbres plantés dans des brins d’herbe, un pavillon étalait à la lune des ailes oblongues et délabrées.Il y avait là, de l’eau qui pleurait en passant sur un lit d’épines. Il y avait là, bien des pierres verdâtres où les doigts du temps avaient fait de gros trous ; bien de la mousse autour des pierres ; bien des feuilles sèches de trois ou quatre années peut-être ; bien du mystère, bien du silence, bien de l’éloignement de tout ce qui a vie humaine. – Là, un homme aurait pu se croire le premier ou le dernier homme, – à la création ou au jugement de Dieu. – Oh ! comme la lune paraissait offrir à chaque feuille des vieux arbres, à chaque pierre du pavillon, à l’eau qui s’en allait, aux ronces qui l’arrêtaient, sa mélancolie grave et ses larmes blanches ! Mais bientôt elle se lassa de regarder la terre, se couvrit pour un instant d’un voile presque noir, et alors il n’y eut plus pour éclairer les choses du lieu abandonné, qu’un léger feu sur l’herbe. – C’était un petit ver luisant qui jaillissait de tous côtés en étoiles ; – il prédisait beau jour, après la nuit qui passait.Du chèvrefeuille venait, par le toit du pavillon, se glisser à travers ses fenêtres, se tordant et se laissant choir de vieillesse ; et quand la lune reparut, le pavillon ressemblait à une tête blanche, ayant à son sommet de longues tresses de cheveux verts qui allaient caresser des yeux remplis de larmes de pierre.Sur le pavé, saupoudré de poussière et de vieux plâtres se décollant du plafond et des murs de la demeure en ruine, on apercevait des pas d’homme fraîchement empreints, on voyait des marques fines et légères qui annonçaient qu’un pied de femme avait aussi effleuré cet endroit de solitude profonde.
Avis
Il n’y a pas encore d’avis.