Contribution 63 au Congrès de  psychanalystes

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UGS : 2-86807-067-1 Catégorie : Étiquette :

Description

De l’ébénisterie religieuse aux divans thérapeutiques, le parcours étonnant d’un auxiliaire de la science.ExtraitMonsieur le Président,Chers amis Congressistes,Je remercie vivement le Comité d’orga­nisation de m’avoir permis d’inter­venir à cette tribune, bien que je me sente vraiment étranger aux problèmes qui vous préoccupent et aux passions qui vous animent. Ma formation d’ébéniste me rend meilleur connaisseur des étagères que des livres qu’on pose dessus, même si aujourd’hui je me consacre tout particulièrement à l’ébénisterie sanitaire et sociale. J’ai appris ce métier par tradition familiale. Papa avait établi sa petite menui­serie rue Garancière, derrière Saint-Sulpice et cela explique pourquoi il avait fini par se spécialiser dans le meuble religieux, et particulièrement dans le confessionnal. Quoi ? Certains d’entre vous ne savent plus ce qu’on appelle un confessionnal ? Une sorte de cabine téléphonique où les papistes s’isolent en couples, chaque couple formé d’un prêtre écouteur qui se tient assis et d’un pénitent narrateur, humblement agenouillé. Une grille les ­sépare. Le pénitent narrateur se dénonce, l’autre reste muet, ne hoche même pas la tête – il en a tellement entendu, le prêtre écouteur, il n’a pas à juger, il laisse ça aux poings entre le Diable et le Bon Dieu. Il se fait payer de quelques prières de contrition, autant dire : du vent !Saint-Sulpice a joué un grand rôle dans ma vie et d’abord dans ma naissance puisque mes parents se rencontrèrent dans cette rue Garancière où Papa peaufinait le confessionnal. ­Maman, elle, travaillait tout à côté, aux Galeries Saint-Joseph, articles du culte au détail. En qualité de petite-main, elle ajustait les ourlets des soutanes et brodait les étoles de cérémonie. Devant les clients, on l’appelait Juliette, prénom qui sonnait plus chrétien que ­Sarah, car maman appartenait en réalité à une famille juive originaire de Freiberg en Moravie. Dans sa parenté, elle comptait des horlogers, des médecins et surtout beaucoup de tailleurs ; la plupart avaient dû s’exiler à Vienne, à Londres et même à Paris, comme mon grand-père Isaac Fleud le Jeune, qui finit premier ciseau chez Coco Chanel. Je donne tous ces détails avec fierté. En effet, je peux me prétendre enfant de l’art et surtout de l’amour. Et il en fallait, de l’amour, à mon ancien séminariste de père, Auvergnat par surcroît, pour épouser une immigrée ashkénaze aux inflexions yiddish ! Il en fallait de l’amour à Sarah pour marier un goï malgré l’opposition des rabbins ! De fait, les deux familles, aussi bien les Auvergnats antidreyfusards paternels que les Moraves hassidiques maternels, rom­pirent avec les tourtereaux et il ne fallut rien moins que ma naissance pour enfin les rabibocher. Papa comptait bien faire de moi son successeur. Il avait déjà accroché au-dessus de l’atelier le panneau « André Aubineau et fils, ébénisterie religieuse ». Maman, elle, a su me donner le goût de la couture, des étoffes, de l’habillement. A vrai dire, elle prenait souvent de petits travaux à la maison, car les commandes de meubles d’église baissaient régulièrement à cause de la ­désaffection religieuse bien connue et l’atelier paternel frisait sans cesse la faillite. – Le confessionnal ? Non, cet article n’a plus aucun avenir, déclarait Papa en jetant de dépit sa casquette dans la sciure. Je détestais ces manières. Je détestais la façon dont il m’examinait d’un œil lugubre. – Que deviendras-tu, mon fils ? lâchait-il.

Informations complémentaires

Dimensions 7,5 × 10,5 cm

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